Jour de classique à l'extérieur, le moment de réfléchir sur un débat de société et de la communauté des supporters de football. Que pensez-vous de l'absence des supporters visiteurs dans les stades de Ligue 1 ?
Ce soir notre PSG rencontre son rival historique sans que nos supporters puissent se déplacer pour assister au match. Commençons par dire qu'on ne peut pas ignorer les rixes du passé, les blessés, les morts, les dégâts matériels en tout genre. Une fois que c'est dit que fait-on ? Reste-t-on dans la sécurité de l'interdit ? Ou envisage-t-on de faire grandir ce sport dans notre pays et notre championnat ?
Je trouve que des affiches de L1 n'ont pas la même saveur sans la rivalité des supporters dans le stade, je ressens moins d'émotions, l'odeur de la poudre c'est galvanisant pour les joueurs, les médias et les supporters.
Dans les médias, on tient un double discours car on veut tout interdire en prétextant la sécurité, en particulier celle des enfants. En revanche on fait encore l'apologie des stades chauds dans le monde, la Bombonera en Argentine, le Legia Varsovie, la ferveur stambouliote de Galatasaray, Fenerbahce ou encore le Besiktas.
Lorsque des équipes corses étaient encore en L1 on entendait des bombes artisanales, les médias parlaient de folklore local, les mêmes faits ailleurs étaient fortement critiqués. Il faut être cohérent et ne pas avoir un avis, une opinion ou une posture à géométrie variable. Il y a ceux qui peuvent et ceux qui n'ont pas la carte.
Du point de vue des supporters que nous sommes il faut être responsable, le stade n'est pas un lieu en marge de la société, nous devons le respecter et tous les adversaires. Il y a la question évidente de la liberté, cela me parait inacceptable qu'un citoyen ne puisse pas se déplacer librement sur le territoire français et qu'on lui justifie son interdiction en présumant de ses intentions. On ne vit pas encore dans Minority Report on ne peut pas décider de ce qu'un individu va faire avant qu'il le fasse.
Le supporter en déplacement tel qu'il soit se doit de respecter la ville qui l'accueille, le stade qui le reçoit et les gens qui vivent sur place. Le respect n'empêche pas la rivalité, le chambrage, il n'empêche pas les banderoles, les tifos ...
La seule chose à bannir c'est la violence parce que même si on est rivaux, personne ne doit mourir pour du football, personne ne doit avoir peur de se déplacer dans une ville ou dans un stade. Nous ne règlerons pas le problème en empêchant les gens de se rencontrer mais on peut respectivement s'éduquer à vivre notre passion dans une rivalité saine. On nous trouve sans cesse des excuses pour discréditer les chants hostiles, ces chants font partie de la culture du football et pour ceux qui veulent préserver les oreilles chastes de leurs enfants, qu'ils se rassurent (ou pas) ils entendent bien pire à la récréation ou sur internet.
Du point de vue des joueurs, il est certain que jouer à l'extérieur représente un désavantage en terme de préparation, déplacement, de repères et de soutien.
Priver les joueurs visiteurs de leur supporter c'est affaiblir l'équipe qui se déplace, c'est nier l'importance pour le joueur de ses supporters.
Pénaliser les joueurs et le spectacle c'est accepter que la violence a gagné. Tous les débordements ou drames qu'on a pu vivre ne doivent pas dicter indéfiniment le présent et l'avenir. Dans un match face à un rival ou avec un enjeu élevé les joueurs ont besoin d'être accompagnés et encouragés pour proposer la meilleure version d'eux mêmes sur le terrain.
L'Etat a clairement démissionné, il est dans une réflexion égocentrique selon laquelle il ne peut assurer sa mission de service public de sécurité mais refuse de la déléguer.
Quand j'étais gamin les CRS assuraient la sécurité dans le Parc des Princes, aujourd'hui ce sont deux compagnies de sécurité privée qui le font.
Il faut étendre cette compétence au delà du stade, dans le périmètre de sécurité déterminé par le Préfet ou le maire. Cela permettra de concentrer les effectifs de l'Etat, police et gendarmerie sur la sécurité de la ville en marge de l'événement.
Quand on parle de dégâts matériels, les compagnies d'assurance pourraient créer le sinistre lié à un évènement sportif tout comme c'est le cas pour des risques naturels ou technologiques spécifiques à certaines régions.
Comme dans le reste de la société la répression ne peut pas être la seule réponse de l'Etat, nous vivons dans un grand pays de football, le premier producteur de joueurs professionnels dans le monde, il est temps que nous mettions les moyens pour rattraper nos voisins sur l'organisation de ces événements.
Je veux voir des Parisiens au stade ce soir, je veux voir des stéphanois à Lyon, des Niçois à Monaco, des Lensois au stade Pierre Mauroy ... je veux la liberté des supporters de se déplacer pour soutenir leur équipe sans que l'Etat renonce à sa responsabilité de sécurité publique.
Je refuse de vivre un football lisse et aseptisé, j'ai grandi avec mon club dans ses pires années de rivalité, l'effervescence me manque, la tension, le piment de ces rencontres est amené à disparaître sans le déplacement des supporters.
Je milite donc pour des déplacements organisés et encadrés et surtout de sortir du tout est interdit. Il y a une multitude de dispositifs qui peuvent être mis en place pour limiter les risques lors des déplacements, c'est à nous de nous battre pour récupérer ce droit et qui sait peut-être qu'après tant d'années de galères et de combats ... on y arrivera !
Allez Paris et Vive le football